Pages

mercredi 12 janvier 2011

Autopsie d’une histoire

Comment t’es venu l’idée ? Et le choix des points de vue ? Le tempo ? Y a pas mal de personnages hein ? Et la fin..y a une suite ? Mais où c’est que tu prends tout ca ?

Voilà bien des questions. Et on répond quoi ? Comme ca ? Pas facile à dire en deux minutes. Alors , pourquoi pas prendre le temps de décortiquer tout ça. Démontrer l’influence de notre vécu, les situations présentes et l’effet du cinéma et de nos lectures sur l’écriture.

 L’incident…d’où ça sort cette bibitte là !

  • L’idée

D’emblée, je savais que c’était pour avoir 10000 mots, donc pas de fla-fla. Je voulais une histoire rapide, axée sur l’intrigue. Un mystère, des pistes, un moment culminant et bien-sûr une chute réussie. Le flash : Une scène finale où tous mes personnages se réunissent au même endroit.

  • La forme

Je voulais plusieurs personnages. Comment les relier ? Les présenter ? Un film m’a tout dévoilé. Ce fut une révélation . Dès les premières scènes, j’étais convaincu. J’ai adoré le concept. J’avais mes points de vues (POV).  Angle d’attaque (Vantage Point). Un film de 2008 mettant en vedette Matthew Fox et Dennis Quaid . Voici le synopsis tiré du site Wikipédia :

Les points de vue de différents personnages s'enchaînent autour d'un attentat survenu Plaza Mayor de Salamanque, juste avant un sommet international contre le terrorisme : une tentative d'assassinat sur le président des États-Unis suivie de deux explosions de bombes. Une même période de temps d'une trentaine de minutes est vue successivement telle que différents personnages la vivent, mettant progressivement en place les pièces du puzzle.

Ma nouvelle Jubilé de cannelle publiée chez Katapulpe est un exemple encore plus proche de ce scénario. Plusieurs personnages et une ligne de temps de quinze minutes. Je vous conseille de voir ce film, ne serait-ce que pour étudier le génie du scénario.

  • Les personnages

Nombreux, chacun avec un trait particulier.Mais ne pas entrer dans les détails. Pas de psychologie. Que des personnages avec une étiquette. Une photo avec un qualificatif.

    • David et Simon : La fraternité. le symbole de l’amitié. Pur et indestructible. Les frères de sang. C’est un peu moi , je crois.
    • Buddy et ses deux acolytes. Les “Bums” . Buddy, c’est Biff Tannen dans Back to the future. Il est costaud, il est “tough”, il est un peu sans génie.
    • Caroline, l’élève modèle, studieuse. La Marie Ingalls des temps modernes.
    • Reynald, le serveur. Le laisser-pour contre. Le bon gars, le porteur d’eau, le solitaire. Adolescent, j’avais un copain comme ça.
    • Salvator, le cuistot. C’est le nom du propriétaire du Resto de mon enfance à Saint-Jérôme. Par contre, je me le représentais comme le Pop Tate dans les Archies. Un gros bedonnant pas de cheveux et un peu grognon.
    • Le Prof Deblois. La vipère, dégoutante, celui qu’on détestera. Un personnage du Journal de Montréal section criminelle.
    • Marco le camelot. Un Mario-Jean de 15 ans avec la  casquette des Expos sur la tête
    • Laura Sanford ou Christiane F. Droguée, prostituée.
    • Yan , Un voyou. Un Christiane F au masculin.
    • Et finalement Jenny. La blonde plantureuse qui fait craquer tous les mecs. Jenny, c’est pour Jennifer. C’est le nom de mon fantasme féminin. Moi , je succombe pour toutes les Jennifer de ce monde ;) Ah…les gars !!!!

Une belle brochette. Des personnages très caractérisés.

  • Le rythme et l’intrigue.

Pour refléter La série Obzcure , j’ai opté pour un récit mêlant suspense et fantastique. Pour produire un effet haletant, j’ai choisi d’y aller avec de très courts chapitres se terminant tous par une  accroche. C’était primordial. Encore là, c’est la lecture d’un roman de Johanne Seymour : Le défilé des mirages qui m’a inspiré. Son écriture ressemble beaucoup à la mienne. De courts chapitres se terminant avec l’effet du Page turner. En tout cas, c’est ce que j’ai tenté.

L’intrigue: Je savais qu’il y avait trois éléments indispensables. Un deal de drogue. Une dispute entre employés du resto (fait vécu par mon fils durant la production de mon plan ). Un épisode à l’école pas très joli entre Prof et élèves. Et bien sûr, un évènement surnaturel vécu par les deux grand amis de toujours. Restait plus maintenant qu’à rassembler tout ce beau monde et de les croiser dans une aventure qui tiendrait en haleine.

  • La chute et la conclusion

Je suis fervent des chutes surprenantes. Alors, je me suis dit que si je manquais mon coup, j’avais juste à en mettre plus qu’une! J’ai donc décidé dès le début d’annoncer qu’il y aurait un mort. Avec douze personnages, la course aux devinettes était déjà lancée. En plus, j’ai glissé un Mot-Indice pour mêler tout ça. Qui sera la victime ? Comment cela arrivera? Et qu’ont en commun tout ce beau monde ? La scène de l’incident dévoilera tout.   Elle arrive presque à la fin. Je dois dire: bien malin qui trouvera la victime.

Pour expliquer, le geste de la victime, je suis allé avec la technique du FlashBack. comme dans le film Angle d’attaque stipulé plus haut. Je trouve que c’étais la meilleur façon de boucler la boucle pour laisser décanter les chutes consécutives qui avaient précédées. Finalement, le récit se termine en queue de poisson, laissant planer le mystère sur le pourquoi des éléments fantastiques. Avec une Novella de cent pages, il n’était pas question de commencer à expliquer. Toute la novella résidait dans un canevas très serré. Plusieurs diront que la fin annoncerait une suite. Le récit s’y prête. Pourtant, il n’ y a rien en ce sens..à ce jour ;)

Mais où c’est que tu prends tout ca ?

Voilà, j’ai décidé de répondre en faisant cette petite autopsie. Pour les lecteurs, j’espère que ça vous montre comment une histoire est profonde et que ses racines sont diverses et vont puiser loin dans l’intérieur et le vécu de l’auteur. Et pour les auteurs, j’espère que mon expérience vous donnera quelques pistes et vous aidera à débloquer quelques impasses d’inspiration et /ou d’écriture.

Et pour moi, reste qu’à rester à l’affût. Peut-être que ma prochaine œuvre m‘attend..tout juste là..en me retournant…Et VLan ! Comme dirais Jean Charest : Je suis prêt !

21 commentaires:

Lucille a dit…

Merci Pierre. Que de générosité ! Je suis très contente de voir le making of de l'Incident. Ça explique des choses laissées en suspent dans ma compréhension du texte.

Merci aussi pour les conseils. Ils vont me servir, j'en suis convaincue.

Étant donné que tu as ouvert une porte... j'ose espérer que je pourrais y frapper (à la porte...) quand je serais dans la en panne !

Lucille a dit…

oups... quand je serai en panne !

Pierre H.Charron a dit…

Ma porte est toujours grande ouverte :) ... t'as juste à frappé..trois p'tits coups...lalala..Bon, je me prends pour Jonhy Farago là !!

Pat a dit…

Zut!
J'adore *mettre beaucoup d'emphase* ce genre d'informations.
Mais j'ai le bouquin sur le coin du bureau, pas entamé encore.
Je vais attendre de le lire avant de consulter ce billet.

Pierre H.Charron a dit…

@Pat Alors ce billet sera un incitatif pressant pour toi :)
Malgré, qu'il ne révèle rien qui enlèverait l'effet escompté..mais tout de même, moi aussi j'aurais le même réflexe que toi !

Alors, à l'agenda: Lire le billet du 12 janvier de Pierre !

Sylvie a dit…

Belle démonstration, Pierre. On voit tout le travail qui sous-tend la construction d'un roman.
J'aime beaucoup ton écriture. À quand le prochain ? :)

Gen a dit…

Toujours le fun ces regards sur les dessous de la création! :)

Merci de partager!

François Bélisle a dit…

J'ai vu ce film 2-3 fois. J'adore pour explorer les différents points de vue. Tellement, que je ne suis pas encore capable d'être rectiligne. Je me suis senti à la maison dans l'Incident.
Chapeau!

Pierre H.Charron a dit…

@Sylvie Le prochain...La question qui me nargue à chaque instant ;)

@Gen C'est dans ls coulisses que ca se passe ;)

@Francois Je me promets de le revoir bientôt ce film. Et moi aussi, on dirait que j'ai de la misère à être rectiligne. à ma dernière tentaive du Nano, sans le savoir, j'ai débuté avec ce canevas..dur, dur de s'en défaire !

Dominique Blondeau a dit…

pourquoi donner tous cs détails ? Le lecteur est assez grand pour se faire une opinion tout à fait personnelle tant sur les personnages que sur l'histoire... Après avoir lu votre synopsis, le lecteur n'a plus rien à deviner, plus de suspens à mener jusqu'à la fin...

CLaudeL a dit…

Dominique: le lecteur ne lira probablement jamais ce billet. Et ceux qui l'ont lu ne s'en souviendront plus quand viendra le temps de lire le texte publié.

En attendant on sait comment ça se passe dans la tête d'un auteur.

Pierre H.Charron a dit…

@Dominique C'est un point que j'ai pensé juste après la publication. Je crois que l'essentiel n'est pas révélé. C'est comme quand on lit un quatrième de couverture, , ca te chicote, mais ca t'enlève pas le plaisir de lire l'oeuvre.

Mais ton argument peut tenir la route pour certain. Il faudrait qu'il lise le livre pas trop longtemps après par contre....

Mon but avant tout était de partager le processus de l'idée et nos influences qui mènent jusqu'à l'écriture finale.

Suzanne a dit…

J'ai fait juste un petit survol mais reviendrai un jeter un regard plus approfondi après ma lecture.

Suzanne a dit…

Oup's j'ai un «un» de trop. ;-)

Pierre H.Charron a dit…

@Suzanne. Super content de ce que le lis entre les lignes :) Bonne lecture :)

Émilie C. Lévesque a dit…

Wow, super ce billet, Pierre :-)

Merci beaucoup!

Pierre H.Charron a dit…

@Émilie Content que tu apprécies :)

Émilie a dit…

Me semble que ce serait ton genre ça...

http://www.emilieclevesque.ca/?p=8

Pierre H.Charron a dit…

@Merci Émilie !!! Tu m'as bien "sizé" ;) Je me demande comment j'ai passé à côté de ce billet du 23 décembre .....

Émilie a dit…

Hahaha!

Je viens de le changer, avant, je parlais que j'étais encore dans les boîtes. En fait, il date d'aujourd'hui :-)

Et oui, je te connais quand même un peu... depuis le temps ;)

Pierre H.Charron a dit…

Y a ca ;)