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lundi 13 décembre 2010

Je regarde en haut - Une histoire de Noël

L’Ermite a propagé une tempête d’histoires de Noël dans la blogosphère. Des textes de 500 mots pour vous mettre dans l’ambiance de Noël. Et dans toutes sortes d’ambiances.. Venez voir, c’est par ici:  Histoires de Noël

Voici mon histoire:

Je regarde en haut. Il n’y a rien. Qu’un vide.

Le sapin respire. Il est touffu. Un chapelet de lucioles multicolores l’entoure, comme pour l’étreindre. Le sapin chante aussi. Une mélodie pour les yeux qui entendent. Je la vois, cette musique, elle me berce. Je me balance, du regard. Je danse. Il me regarde le sapin. Il veut faire la fête. Je veux faire la fête. Nous le voulons tous. Les enfants sont là, assis, anxieux. Ils sourient. Leur mère cajole. Me cajole aussi. Il sent bon dans la maison. C’est bientôt Noël.

Je regarde en haut. Toujours rien. Le néant.

Un souvenir. Il fait froid. Déjà, les rues sont ensevelies. Nous arrivons. La maison s’est coiffée de son chapeau de fumée. Le chapeau me réchauffe déjà. Main dans la main, nous entrons. Tourtereaux. Un effluve, du girofle, chatouille nos narines. Une table, des convives, ils placotent, saluent, s’embrassent. Une alliance de sang. Les murs diffusent un passé, le mien. La vaisselle tinte, le nectar tâche. Rires et confort. Les aiguilles font la ronde. Moment de partage. Présent inattendu. Une porcelaine, un mot, gravé. Le Paternel fléchit. Dans ses yeux, une bruine, silencieuse. La première. La dernière.

Je regarde en haut. Aucune empreinte, ni vestige.

Un chant, dans l’arrière scène. Cloches et sentier de neige. Nous enchainons, tous en chœur. A cappella. Dehors, le vent gémit, se bute à la cloison. Protégés, dans la forteresse. La chaumière, la famille. Inébranlable. Le sapin nous invite à ses pieds. Son parterre nous fait de l’œil. Colis bonbons et nœuds papillons. Nous allons succomber, l’un après l’autre. Ensemble. Les enfants sont grands, maintenant. Ils ont gardé la magie, la diffuse, sans égard. Ils sont la magie. Perpétué, à travers nous. Un legs, inestimable. Nous sommes quatre, nous sommes un. Attendons l’heure, l’heure qui nous frôle, nous lie. Un décompte, des souffles retenus. Le sapin scintille, dans toute sa splendeur. Nous sommes beaux.

Je regarde en haut. Je ne sais plus.

Un an à peine, hier, si on veut. Un manoir, des cellules, deux par deux, les plus chanceux. Des odeurs, de miction, d’évacuation. Baume de talc, imprégné, dans les murs. La deux-cent-cinq, la fenêtre, décorée. Tuque rouge, barbe blanche. De la vie, dans la chambre des agonies. Nous sommes tous là. En demi-cercle, te cernant, t’honorant. Tu es debout, forte et fière. Debout sur tes deux roues. Tu t’es fait belle, maquillée, coiffée. Le boyau sous ton nez, le cylindre dans ton dos. Ton rire entre deux soupirs, de vie. Tu es belle, tu es comme celle d’avant. Avant tous ces comprimés, ces cures, ces fantômes et ces monstres. Tu les as vaincus, nous les avons vaincus. Enfin, un Noël avec toi, inespéré. Dans ma mémoire, pour toujours, ce dernier Noël.

Je regarde en haut. Je ne cherche plus.

L’arbre de vie, la cime. Vous n’y êtes plus. Bousculé par des hivers prématurés, les sièges sont vacants. J’accède au trône. Malgré moi. Je m’assieds dans vos quartiers. Je vous survis. Vous honore. Le cycle, éternel. Le sapin frétille, les boules s’agitent. Quatre cœurs, à l’unisson, tambourinent. Les yeux rivés, le pendule balance. La seconde cède. Noël sonne. Quatre pyjamas, enlacés. Une famille. Un vingt-cinq décembre.

Je regarde en haut. Tout en haut du sapin. L’ange, illuminé. Bienveillant. Dans chacune de ses mains, une bougie. Noël orphelin. Ils sont là avec moi.

Le salon, un cocon. En chœur, résonnent deux mots, la joie, l’éternité. Jusqu’au petit matin.

Ils regardent en haut. Deux garçons. Ils nous voient, ils sont heureux. Pour eux, le temps ne cesse, l’infini est Roi.

Orphelins en devenir.

11 commentaires:

richard tremblay a dit…

Tu sais tout le bien que je pense de cette histoire ;-)

Karuna a dit…

Je suis sur le cul.
C'est un très grand texte, Pierre. Un bijou dans un écrin de mots.
Bravo.

Pat a dit…

Les Noël de toute une vie...
tout en images, tout en émotions.

J'vais emprunter les mots de Karuna.

C'est grand.

C'est très grand, Pierre.

Ça vient me chercher assez loin merci.

Lucille a dit…

Hypnoptisée ! Voilà ce que je suis... Hypnoptisée par tes mots, par cet élan d'amour que l'on peut avoir pour quelqu'un...

Pierre, tu écris avec ton coeur ! Magnifique. Je suis sans voix (et c'est rare ;o) Bravo !

François Bélisle a dit…

Je braille tout suite, moi là?
Sublime. Bravo. Quel commentaire émettre? J'appréhende et je me dis que ce sera ça.
Merci Pierre pour ce texte. Et quand tu dis que tu viendras bientôt, je ne comprends pas.
Bon, les larmes...
Sec, direct, pas de passé simple :>) T'écris merveilleusement

Karuna a dit…

Fallait que je revienne.
J'ai relu et là, y'a d'la pluie dans mes yeux. J'te donne une médaille d'Or.
Avoir écrit ça, moi, je ne dormirais pas de la nuit. Je saurais que quelque chose d'important viendrait de m'arriver.
Chantal? La vie t'a gâtée. ;)

Alexandre Babeanu a dit…

Tout en émotion et en poésie. Ce se lit comme un cri du coeur, il me semble. Bravo.

Gen a dit…

Je continue de m'émerveiller du rythme et de l'émotion de ce texte. Tu sembles avoir trouvé une belle voix avec ces phrases saccadées. Bravo! :)

Isabelle S. au travail a dit…

Pouvez-vous me dire pourquoi y'afallu que je lise ce texte juste avant de commencer à travailler. C'est pas une bonne idées de me faire pleurer en commençant ma journée.

Vraiment, je vais dire comme mon fils : je suis toute émouvue! C'est un texte magnifique, qui mérite grandement d'être lu par grand un nombre de monde.

Chantal a dit…

@ Karuna & tous les autres en fait!!!
J'ai beau dire des niaiseries, me moquer parfois de Pierre, je vous dis à tous, oui je sais, je suis choyer. Je veux bien vous le partager à tous le temps de quelques lignes, mais pour le reste....
@ Pierre... j'anticipe déjà ton commentaire et tu peux laisser faire ;)

Pierre H.Charron a dit…

@ Chantal Dac, je ne rajoute rien :-) Tu vois, je suis aussi docile ;)

@Tous Tout ce que je peux rajouter C'est : Aprécions les moments que nous avons avez avec nos êtres chers. Et aussi, que nos disparus sont encore là quand on regarde avec son coeur. Et Noël, c'est un moment propice pour le réaliser.