Pages

jeudi 5 novembre 2009

L’arracheur de rêves - Pierre-Luc Lafrance

arracheur

Au dernier congrès Boréal de l’été dernier, j’ai pu écouter et découvrir à diverses tables rondes cet auteur qui donne dans la littérature SF-Fantastique et Fantasy. Au premier intermède, je me suis donc rendu à une des tables où l’auteur présentait son tout dernier roman. Son premier roman pour adulte en fait. Déjà, la figure onirique sur un fond de bleu m’a gagné et je me suis risqué à une brève discussion avant de lui « soudoyé » sa griffe sur son Arracheur de rêve que je venais de me procurer.

L’histoire raconte celle de Marc-Antoine qui prend possession de son nouveau logement de Québec et qui, peu à peu, vit d’étranges phénomènes qui viennent prendre naissance dans ses rêves et qui le feront basculer dans un monde où ses démons et ceux de ses voisins s’amalgameront dans une suite d’épisodes tout aussi troublants les uns que les autres.

Dès les premiers chapitres, j’ai été décontenancé par la structure du récit. La continuité entre les chapitres est sans repères jusqu’a ce que l’on s’aperçoit qu’en fait, ceux-ci sont les différents rêves que fait Marc-Antoine et l’auteur les a intercalés dans le récit principal et c’est là toute la beauté de l’œuvre. Le concept ne s’arrête pas là. De chapitre en chapitre, les rêves se succèdent, mais on découvre rapidement que ces chimères sont en fait, nulle autre, que les nouvelles littéraires déjà publiées par l’auteur dans différentes revues. Certaines d’entre-elles ont même été primées. Le roman est donc un recueil de nouvelles camouflé en roman.

Je dois dire que l’idée est tout simplement génial et que Lafrance a réussi à concaténer ses courtes nouvelles à travers son récit et même si certains ponts battent de l’aile ou sont un peu tirés par les cheveux, le tout reste plausible et dans le respect de l’intégrité du texte. Une stratégie originale qui marque son point. Tandis que certaines de ses nouvelles (euh ! .. rêves) n’étaient pas dans ma palette, Trois par contre ont retenu mon attention :

  • Chambre 308 : l’histoire d’une veuve qui se pait une escorte masculine pour simuler une nuit d’amour exceptionnelle vécue avec son défunt mari.
  • Toutes ces voix en lui :; Stéphane se lève, va à la salle de bain et se regarde dans le miroir. Son visage n’est plus le sien. Il dérape et on le suit dans sa démence.
  • L’art secret de la filature : Un homme se fait suivre dans la cité. Lui-même prend la filature de celui-ci et bientôt sollicitera une femme à le suivre qui elle, à son tour, continuera le cycle. J’ai adoré l’esprit et l’ambiance de cette nouvelle. Ce style me colle à la peau.

À la fin de cette lecture, il m’est impossible de qualifier cet œuvre de roman à part entière. Si bien que la force et la qualité des nouvelles surplombent le récit qui sert de fil d’Ariane et nous laisse délicieusement en bouche les songes et les idées noires de Pierre-Luc Lafrance tandis que les mésaventures de Marc-Antoine se font reléguer au deuxième rang et possiblement sombreront dans les bas fonds de ma mémoire.

Si vous voulez découvrir cet auteur, ce roman est idéal. Moi, j’y ai découvert un nouvelliste hors-pair et un auteur à l’écriture aguerrie. J’ai bien hâte de lire son prochain roman qui probablement en sera un mur à mur.

L’arracheur de rêves. Pierre-Luc Lafrance. Édition La Veuve noire. 2008. 197p.

6 commentaires:

S.J. Nadeau a dit…

Une ambiance sinistre et romantique. La construction du livre telle que vous la décrivez m'évoque un excellent roman.
"Histoire d'Omaya"
Une histoire reliée par des fragments de nouvelles. J'ai l'impression que l'intrigue n'en est que plus prenante.

Je vais sûrement me procurer ce livre, la première des trois nouvelles que vous avez citées m'intrigue horriblement !

Pierre H.Charron a dit…

La chute de cette nouvelle est délicieuse.Tu ne seras pas déçu. Tout comme le roman en entier. Bone lecture.

Gen a dit…

Tu donnes envie de le lire en tout cas...

Mais ça prend un informaticien pour utiliser "concaténer" dans une critique de roman! lololololololololol! :D

Pierre H.Charron a dit…

@Gen excellente observation ma chère Watson ! Il manquerait plus que je rempace le mot : éditer par XMAison = compilé par C++ en 64 bits par Edition Visual Borland !!!!

richard tremblay a dit…

Faudrait bien que je le lise, je l'ai acheté en même temps que toi, mais j'ai du retard !

Pierre H.Charron a dit…

Moi aussi j'avais pris du retard.Comme un bon vin, plus tu attends et plus tu t'en délecte ;)