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mercredi 8 avril 2009

La danse du condamné

Pastiche d’un extrait de Salut Galarneau de Jacques Godbout
(Réalisé en atelier d'écriture. 03 Février, 2008)

Ainsi, ce sera le dénouement, le dénouement calculé et attendu, pareil à un méfait, un crime qui n’échouera pas. Depuis tant d’années de dévouement, la passion, en grande partie, lui avait conféré sa détermination, sa fougue, sa prestance, son expertise, son succès. L’amertume était habillée de gala, la vengeance en tuxedo.

Depuis des mois, elle était aux petits oignons, sa patronne, arborant un sourire de Joconde, alignait, par des faux prétextes construits de toutes pièces, des remarques attestant comment le département ne pouvait se passer de ses loyaux et judicieux services. La manière qu’elle prenait plaisir avec ses mains de le féliciter, et elle incrustait son épaule; d’autant, elle signait son mensonge.

À dix pas à la ronde, elle pouvait jeter son venin comme une veuve noire en rut. Une mort lente, un sacrifice qu’elle consumerait avec une douce satiété. Ses supérieurs l’avaient élevée dans la hiérarchie selon la vieille doctrine usée par le temps : je te gratte le dos, toi le mien. Elle avait usé ses ongles sans une once de pudeur. Elle fut récompensée avec stationnement privé et bureau fermé, plus fenêtre sur jardin, elle grimpa dans les hautes sphères et ce fut la consécration.

Il s’était aperçu de ce comportement soudain. Il n’en fallait pas plus pour allumer le signal d’alarme, annonçant les hostilités et la rébellion. Au grand jamais, cette femme aurait usé de ses bassesses à son égard si ce ne serait que d’assouvir son instinct de prédateur, à l’aguets de sa proie inoffensive, Quelle garce! Elle alla en prendre pour son rhume, sacripan de bon yeu.
Il y a des jours où il aurait aimé tout crisser ça là, stie. Disjoncter, pêter les plombs, sauter une coche. Il avait payé sa facture avec intérêt, intérêt payé rubis sur l’ongle; la dette, c’était elle; maintenant, qui allait la contracter.

C’est aujourd’hui que la partie tire à sa fin, c’est le matin. Les dirigeants avaient entendu sa cause, ils avaient corroboré. Ses collègues ne se doutaient de rien. Ils étaient tous affairés à leur bureau. Son adjoint n’en avait même pas eu vent, il prépara son habituel meeting de production. Deux agents de la firme de sécurité étaient plantés debout devant la porte de son bureau, comme les garçons et les filles d’honneur à l’autel des mariés, des futurs divorcés. Les grands patrons s’étaient regroupés à l’embouchure du couloir adjacent, ne voulant pas être aux loges du spectacle. Ils étaient les Ponce-Pilate. Pourtant, aussi ses complices. C était son heure, son heure de déchéance, le glas alla sonner.

Il était adossé à la rangée de classeurs avec une étincelle dans les yeux. Au fond de son être, il goûta chaque instant. Elle déambulait dans l’allée et comprit abruptement ce qui se trama, son regard croisa le sien, à ce moment précis, elle lui rendit les armes. C’était la danse du condamné et, un tango, ça se danse à deux, et c’est lui qui guidait les pas. Voilà! Elle avait eu son Waterloo, elle avait plié l’échine et abdiquer devant son sous-fifre. Un paradoxe délicieux, une vengeance enivrante. Et Vlan! Dans les dents.

2 commentaires:

Les Moufettes a dit…

Délicieux!!!

On a tous souhaité, à un moment ou l'autre d'une vie professionnelle, un moment pareil...

«L’amertume était habillée de gala, la vengeance en tuxedo.» Belle préparation au bal! ;o)

Pierre H.Charron a dit…

À défaut de se taper ce fantasme dans la réalité! Aussi bien se l'inventer avec des mots..C'est très thérapeuthique!!!