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vendredi 20 mars 2009

Il était une fois un stylo rouge

Dans mes ateliers d’écriture, j’ai appris qu’il faut avoir l’œil vif pour détecter tous les vices et les pièges de notre charmante langue de Molière. Ceci dit, j’essaie toujours d’améliorer mon texte en mettant en œuvre tous les méthodes d’écriture acquises, les règles de grammaire, la ponctuation, la concordance des temps, le découpage des paragraphes, la fluidité du récit et tous les autres ramifications qui font que le produit final sera rehaussé à sa juste valeur, la meilleure. Si je fais faux bond sur l’un ou l’autre de ces derniers, Nicole, notre professeure d’atelier, se fera un malin plaisir de nous barbouiller notre ébauche de son arme de prédilection, soit l’infâme stylo rouge et il n’y aura pas de répit pour les pénitents que nous sommes, c’est moi qui vous le dit!

L’un des critères qu’elle nous a inculqué pour produire un texte de qualité est de le rehausser en éradiquant les mots abstraits ou indéfini comme : Tout, gens, chose, monde, homme, quelque chose, des mots vagues qui laisse au cerveau du lecteur la tâche de décoder la nature exact du propos énoncé. Il y a aussi les mots dit de la petite école, ses mots qui s’immiscent partout sans que l’on s’en aperçoive, des mots comme : beau, bon, bien, gros, petit, grand, ils appauvrissent considérablement la saveur de l’écrit et laisse parfois un goût d’amateur.

Maintenant, mon œil les détecte aussitôt et me laisse la grimace accrochée aux lèvres. Qu’ils y en aient ici et là, échappés ou placés dans une expression familière, ça passe, mais là où le bât blesse, c’est qu’il y a des maisons d’édition renommées qui laisse ce genre de défaut de rédaction pulluler dans leurs romans. Pourtant, Dieu sait comment il y a de révisons de manuscrits avant leurs impressions. Voici un exemple que j’ai répertorié dans l’un d’eux et ceci, dans une page et demi seulement:

Il s’agit d’une bonne ou mauvaise chose …. Après avoir tracé une petite ligne…. tel un homme qui contemple…. le patron n’est pas homme … et en sort une petite enveloppe… il s’avance vers le jeune homme et lui remet un tout petit ticket …. Ils ont marqué l’adolescence de l’homme d’aujourd’hui … remis entre bonnes mains.

Assez éloquent merci! De plus j’ai recensé le mot petit une quinzaine de fois dans les trente pages suivantes. Suis-je trop sévère? Est-ce que les autres qualités du roman annihilent ce constat? Moi j’en doute. À qui de résorber ces irritants? L’auteur?, l’éditeur? Ou le lecteur?
Un peu tout le monde vous aller dire. En tous les cas, si ce texte était remis à Nicole, il se ferait mitrailler de ratures rouges et ce serait sans appel ! Et je suis de son côté.Et vous qu’en dîtes-vous?

9 commentaires:

claudel a dit…

Chaque fois que je lis un livre et que j'en vois les défauts et faiblesses, c'est la jalousie qui domine: pourquoi ce livre a-t-il été accepté alors qu'on reproche aux miens ceci et cela, bien moins important me semble-t-il?

Question de jugement d'éditeur je suppose. Selon qu'il juge que le livre se vendra malgré la pauvreté du vocabulaire et autres considérations...

Audrey a dit…

Exactement, c'est le côté commercial qui prime pr beaucoup plutôt que le côté littéraire. Moi aussi je traque les défauts des textes, les adverbes surtout mais si l'histoire est... bonne (oups,moi aussi je fais la faute ;-) alors ça me dérange moins.

Pierre H.Charron a dit…

@claudel. effectivement ca doit être frustrant quand on se fait refuser par un éditeur, à cause de ceci ou de cela et qu'on en voit d'autres se faire publier avec des textes avec des défauts peut-être plus douteux...

@Audrey, Justement les fautes que j'ai souligné À la fin de mon billet sont ceux d'un roman qui va s'avérer être un de ceux qui seront de mes préférés. L'histoire et le style éclipsant ses lacunes.Cela est l'exception. Il reste que c'est un constat de paresse du coté de l'éditeur et pour l'écrivain, on peut l'excuser si il est dans ses premières publications.

Claudel a dit…

Le défi d'un éditeur est d'amener un auteur du point A à B, ce qui est parfois un énorme travail et chemin pour un auteur. Au deuxième livre, partir du point B et arriver à C, etc.

Idéalement c'est de trouver un auteur qui part déjà au point M disons!!!!!!

Des fois je me dis que je suis à M et d'autres fois, je me demande si je suis même à A!!!

pagesapages a dit…

Je ne sais pas si je suis d'accord avec votre façon de voir les choses... Ce n'est pas la singularité des mots qui donne un style, une voix ou produit un effet. Certains textes ne sont faits que de "petits" mots, et pourtant, un je-ne-sais-quoi dans leur agencement provoque une émotion, un quelque chose, chez le lecteur. (j'ai fait exprès d'employer le mot "quelque chose". C'est un clin d'oeil, mais pas seulement... C'est aussi parfois employé par un auteur pour laisser toute la place au lecteur d'imaginer et de s'approprier ses mots..)
De mon point de vue, l'écriture ne doit pas briller, être clinquante et débarrassée de son humanité.
J'espère que ma voix discordante sur la question ne vous contrariera pas outre mesure...

Pierre H.Charron a dit…

@pageapages. D'aucune facon votre discordante ne m'échaude, Effectivement, ces mots peuvent habiter des textes et leur promouvoir un cachet très spécial ou encore colorer des expressions de chez nous.Mais je ne suis pas dupe,je sais les reconnaitre, tandis que ceux que j'évoquent sont ceux qui se répète et qui jonchent le récit seulemt parce que la réécriture a été un peu trop rapide ou l'effort concentré que sur le déroulement de l'histoire. Des éparpillements ici et là sont sans offenses mais la pollution, là je n'embarque pas.
Merci de ton passage, des commentaires contraires sont très appéciés, c'est un droit fondenmental et il faut s'en prévaloir. Bonne journée PagesaPages

Pierre H.Charron a dit…

@Claude, l'important c'est de viser le Z, quant à savoir si on y arrive, il faut du moins se plaire à s'y rendre. C'est un devoir envers le lecteur et soi-même

Isabelle Lauzon a dit…

Pour ma part, je découvre que plus j'en apprends sur les défauts mentionnés par Pierre, plus je deviens critique.

Parfois, je considère qu'il s'agit d'un défaut, car cette critique m'empêche d'apprécier l'histoire. Les "mais" en début de phrase m'agressent et une trop grande répétition du même mot me rebute.

Moi aussi, lorsque je lis certains livres "pauvres" et bourrés de défauts, je m'interroge sur les choix des éditeurs. Plusieurs facteurs sont pris en cause, je suppose, pour départager les 3 000 manuscrits qu'ils reçoivent et n'en publier que 5 par année...

Je suis d'accord avec Audrey : le marketing prime sur la qualité, et vive la société d'aujourd'hui!

Pierre H.Charron a dit…

Triste réalité. Au moins, la majorité sont sans reproches, mais certains sont...je reste sans mots...